Emi Anrakuji, Dialogue d’outre-tombe

TEMPURA N°11, AUTUMN 2022

For issue 11 of Tempura magazine I wrote about Emi Anrakuji’s series ehagaki, a rare use of photographic appropriation by a Japanese photographer. An extract follows (in French):


La série Ehagaki d’Emi Anrakuji est donc un ovni, d’autant plus que cette photographe de Tokyo est née en 1963. Le titre de la série (qui signifie carte postale) provient d’une collection de cartes postales de destinations européennes et américaines constituée à la fin du 19e siècle et début du 20e siècle par son grand-père, un importateur de vin à Tokyo. Cette collection a une importance particulière pour la famille étant donné qu’elle a miraculeusement survécue au grand séisme du Kanto de 1923 ainsi qu’aux bombardements de la capitale de la Seconde Guerre Mondiale, malgré le fait que la boutique du grand-père à Kanda avait été réduite en cendres à deux reprises.

Emi Anrakuji, Ehagaki, début des années 2000.

Ainsi, dans Ehagaki, Anrakuji superpose des fragments visuels de son intimité sur des images destinées à une consommation de masse conçues aux débuts de la reproduction mécanisée de l’image. Plutôt qu’une recherche d’un nouveau sens ou d’un rapprochement de ces deux univers, ces créations déboussolent, confrontant deux perspectives contradictoires et rendant les deux images difficiles à déchiffrer individuellement. 

En effet, l’artiste semble davantage motivée par sa relation avec son grand-père que par l’expérimentation visuelle en tant que telle. Ehagaki est donc moins une appropriation qu’un hommage, un dialogue d’outre-tombe qui transcende la géographie et les époques pour rapprocher deux membres d’une même famille tous deux amoureux de l’image.