Ai Iwane, Ce qui survit

TEMPURA N°19, AUTUMN 2024


Yasuhiro Ishimoto: polyglotte photographique

TEMPURA N°19, AUTUMN 2024

For issue 19 of Tempura magazine, I wrote about Ai Iwane’s project Kipuka and Yasuhiro Ishimoto’s work at the time of the exhibition at Le Bal in Paris, Yasuhiro Ishimoto – Des lignes et des corps. Extracts follow (in French):


C’est en 2006, lorsqu’elle se rend sur l’archipel d’Hawaï, que la jeune photographe Ai Iwane découvre le premier temple bouddhiste japonais de ces îles, le Hamakua Jodo. Elle décide de revenir deux mois plus tard lors du festival Obon, et découvre le Fukushima Ondo, une danse Bon qui perdure parmi les communautés d’immigrés japonais de ces îles. Fascinée par cette découverte et par ses parallèles avec les danses toujours pratiquées dans la préfecture de Fukushima, pendant les 12 ans qui suivent, Iwane continue de revenir à Hawaï pour photographier ces rituels et les communautés où elles sont ancrées.

En 2018, elle rassemble les fruits de ce long travail dans son premier livre Kipuka, édité chez Seigensha, qui lui vaudra les prestigieux prix Kimura Ihei et Ina Nobuo. La série protéiforme qui mélange couleurs saturées et images monochromes s’appuie notamment sur l’utilisation d’un appareil photographique peu commun. Lors d’un voyage à Hawaï elle loue une maison qui appartenait à un photographe américano-japonais, où elle découvre un appareil Kodak Cirkut étonnant. Celui-ci était utilisé dans les années 1930 pour documenter les funérailles japonaises à Hawaï, permettant ainsi de rassembler toutes les personnes présentes grâce à une image panoramique à 360 degrés.

Shiho Yoshida, Survey: Mountains, 2020


Alors qu’il est reconnu comme l’un des photographes les plus importants de sa génération aux côtés d’auteurs comme Eikoh Hosoe, Ikko Narahara ou Shomei Tomatsu, Ishimoto ne perd jamais vraiment son statut d’ovni au Japon. C’est peut-être pour cela qu’il se lie à des créateurs dans d’autres disciplines, comme l’architecture ou le design. Ikko Tanaka, chef de file du design des années d’après-guerre, dira de lui : « Parmi tous les photographes du Japon, aucun n’a eu autant d’influence sur les créateurs japonais que Yasuhiro Ishimoto. » Aujourd’hui considéré au Japon et aux États-Unis comme l’une des grandes figures de la photographie moderne, Ishimoto reste trop peu connu en Europe. L’exposition Yasuhiro Ishimoto – Des lignes et des corps au Bal à Paris met en lumière cet artiste remarquable à travers plus de 150 tirages – pour la plupart réalisés par l’artiste – d’une beauté rare.