Ryudai Takano, With me

TEMPURA, N°5, SPRING 2021















Munemasa Takahashi, Au fil de l’eau

TEMPURA, N°5, SPRING 2021

For issue 5 of Tempura magazine, I wrote about two photographic projects, Ryudai Takano’s groundbreaking With Me series of nude portraits and Munemasa Takahashi’s Spinning a Yarn. Excerpts follow (in French):


Au sujet de With Me, Takano dit : « Je crois que la photographie est une collaboration entre le sujet et le photographe. Ni le sujet, ni le photographe ne peuvent mener à bien cette collaboration de manière unilatérale. Il est important qu’un photographe se tienne côte à côte avec le sujet. » En décidant de présenter With Me, c’est cet aspect collaboratif que Takano met en lumière ; non seulement la relation qui s’installe entre le photographe et son sujet, mais aussi celle avec le spectateur. 

Malgré la nudité de tous ces corps, ces images n’ont rien de sexuel. Ces corps d’hommes – mais aussi de femmes – ne sont pas érotisés ou sublimés, mais simplement montrés tels qu’ils sont. Le désir qui émane de ces images n’est pas charnel, c’est un désir plus innocent : celui de revenir à notre état le plus naturel.

Que ce soit pour son travail sur le corps – le sien et celui des autres – mais aussi pour ses clichés de paysages urbains japonais anonymes ou les « snapshots » de son quotidien, Ryudai Takano cherche toujours à bousculer les certitudes, à nous inviter à regarder là où nous ne le faisons pas, et ainsi à interroger la qualité du regard que nous portons sur le monde. 


Munemasa Takahashi, Spinning a Yarn, 2020.

Spinning a Yarn s’inscrit dans la lignée du précédent livre de Takahashi, Laying Stones, un hommage à son ami qui s’est donné la mort quelques années après leur rencontre en 2011. Avec cette nouvelle série (qui a donné lieu à un très beau livre publié en septembre 2020 aux éditions VERO), Takahashi continue le travail de collecte de fragments visuels en noir et blanc amorcé dans Laying Stones. Mais ici, il passe à la chambre photographique, donnant une plus grande précision et une qualité formelle à ses images, tout en maintenant un esprit de découverte et de spontanéité. 

On dit que l’eau est synonyme de vie, mais dans Spinning a Yarn elle revêt aussi un caractère sombre et lourd de sens : un symbole des évènements tragiques du 11 mars 2011 et de ces centaines de milliers de photographies qui ont été emportées par la vague et que Takahashi, son ami et le Salvage Memory Project ont tenté de retourner à leurs propriétaires. L’impression laissée par cette main n’aura sûrement duré que quelques instants, mais à travers ce geste photographique, Takahashi a réussi à la faire résonner plus longuement.