Aglaia Konrad, Particules élémentaires

TEMPURA, N°9, SPRING 2022

For issue no. 9 of Tempura magazine, I wrote about Aglaia Konrad’s Japan Works, a dizzying collection of images of Japanese architectural metabolism. Here is an extract (in French):


Aglaia Konrad s’est rendue au Japon en 2019 pour réaliser un projet de recherche sur le courant architectural du métabolisme. Apparu dans les années d’après-guerre, ce mouvement est nourri à la fois par les idées sur les mégastructures architecturales ainsi que les processus biologiques de croissance pour développer une nouvelle conception de la construction urbaine – son icône la plus reconnue est la Nakagin Capsule Tower de Kisho Kurokawa dans le quartier de Shimbashi à Tokyo. Malgré son intérêt pour les réalisations représentatives du métabolisme, Konrad a décidé d’élargir le champ de sa recherche pour englober l’architecture anonyme des étendues urbaines et, donc, l’expérience de la ville japonaise au niveau de la rue. Ce voyage a donné lieu à un livre étonnant, Japan Works, paru chez Roma Publications en 2021, une documentation richement détaillée de son parcours de Tokyo à Osaka en passant par Kyoto. Le livre entremêle images en noir et blanc en pleine page avec des grilles de 12 images en couleur réalisées au smartphone. 

Aglaia Konrad, Japan Works, 2021

Konrad semble avoir tout photographié – chaque rue parcourue, chaque élément architectural – de manière purement descriptive, comme si elle avait intégré l’appareil photographique à son regard. Les images ne trahissent aucun souci d’esthétisme, mais agissent plutôt comme une série d’observations, de notes visuelles sur les caractéristiques de ces espaces urbains. Son projet fonctionne par accumulation, s’appuyant sur ces milliers d’images qui traduisent l’expérience depuis la rue. Le Japon est un des viviers de l’architecture moderne et contemporaine grâce à une liste impressionnante de créateurs qui va de Kenzo Tange à Arata Isozaki en passant par Shigeru Ban, Toyo Ito, et l’incontournable Tadao Ando. Mais Konrad s’intéresse moins aux grandes réalisations architecturales qu’aux détails de l’espace urbain: poteaux, tuyaux et conduits, cages d’escalier, enseignes et panneaux, réservoirs d’eau, climatiseurs, et bien sûr l’omniprésent réseau suspendu de câbles électriques. À l’inverse de la photographie architecturale classique, Konrad ne cherche pas à faire l’éloge des structures architecturales elles-mêmes, mais à étudier leur environnement et la manière dont elles s’inscrivent dans celui-ci.